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Mouvement naturel et danses collectives

Publié le 18.09.2022

La Compagnie Linga souffle ses 30 bougies le 24 septembre à l’Octogone de Pully. C’est à une grande soirée de danses fluides et énergiques que nous convie Katarzyna Gdaniec et Marco Cantalupo. Des extraits de leur pièce Flow sont toujours sublimés par le duo électro Franco- Coréen KEDA. L’opus se partage entre ondulations maritimes, incises saccadées et fulgurances intuitives.

Dernière création de Linga, High Season réunit quatre femmes autour d’une refiguration des Quatre Saisons de Vivaldi par le compositeur allemand historique Max Richter. La danse néofolk s’ébroue entre minimalisme, sérialisme et lyrisme diffus. Suivra un hommage de 30 interprètes chorégraphes à la danse en ligne de la célèbre émission de Chicago, The Soul Train. Qui donna un large écho aux groove musicaux et dansés des communautés afro-américaines. On y retrouve la haie d’honneur cadrant les avancées inspirées et brèves d’une large palette de styles chorégraphiques.

Enfin huit compagnies de danse feront valoir leur belle expressivité. Parmi elles celle du prodige Édouard Hue, sacré danseur exceptionnel par le prix Suisse de la danse en 2019. Il reconduit son blockbuster mouvementiste, Shiver, à l’écriture électrique et hypnotique.


Rencontre avec le co-fondateur de la Compagnie Linga et chorégraphe Marco Cantalupo.

Votre travail sur Flow témoigne d’une volonté de créer un organisme collectif.

Marco Cantalupo: A la Compagnie Linga, nous sommes passés notamment de danses théâtralisées à une forme d’esprit de groupe jouant sur des mouvements communautaires partagés entre les interprètes. D’où le désir de se tourner vers la Nature et ses lois qui régissent les mouvements de groupes chez certaines espèces animales. Que l’on songe aux étourneaux, bancs de poissons ou insectes.

Fort bien étudiés par les scientifiques, ces mouvements collectifs se révélèrent fascinants par leur coordination, cohésion spatiale et chorégraphies. Ils ont ainsi mis aux jour plusieurs lois qui peuvent animer ses mouvements collectifs en changeant instinctivement les directions et orientations de plusieurs centaines de sujets. Il y a ici l’essai d’appliquer ces lois à un mouvement organique humain.



Quelle en est la traduction au plateau?

Pour créer des ensembles, la chorégraphie est toujours répétée et inscrite dans un espace et une musicalité bien définis. Le dessein de Flow est plutôt de laisser corps et organismes réagir et interagir entre eux. Ceci comme peuvent le faire les animaux en nuées, essaims ou meutes.

Dès lors, il y a l’envie de traduire et travailler cette image de fluidité naturelle. Ainsi nos créations Flow et Cosmos, inspirée pour les mouvements des danseurs.euses des oscillations, orbites collisions d’astres, et se basent sur ses lois naturelles. C’est ce qui nous passionne en contemplant le règne animal pour Flow. Et en scrutant la voute céleste avec les lois de l’attraction et de la gravité au détour de Cosmos.

Comment avez-vous conçu Flow?

Nous recherchions tant une organicité qu’une naturalité du mouvement fluide au cœur d’un collectif. Ce voyage associant la Nature et le Temps est soutenu par un duo électro. Le parcours de la pièce devient cyclique. Elle va d’une lenteur très travaillée à des mouvements plus énergiques et rapides pour revenir à une forme de méditation dansée retrouvant une atmosphère commune entre la fin et le début de Flow dont un extrait est présenté lors de cette soirée très dense. Ceci afin de permettre à The Soul Train et huit chorégraphes de montrer leurs réalisations.





Et pour les costumes et la scénographie?

Pour la signature visuelle des interprètes, nous sommes dans l’idée d’un haut du corps partiellement ou totalement dénudé. Et un bas qui se décline dans une gamme de bleu évoquant notamment l’immersion dans l’eau, les algues ou l’évolution de poissons.

Coté scénographie, on découvre grand écran apposé d’abord au sol. Cela rejoint l’idée que lorsque vous êtes immergé dans la mer à deux-trois mètres de profondeur, vous pouvez percevoir à la fois le fond de l’eau et le ciel. Mais ce dernier n’est visible que par l’écran que forme la surface de la mer sur laquelle se reflète ce même ciel. Grâce à ce dispositif scénographique actionné par un système de poulie déplaçant ce grand écran aux couleurs changeantes, l’eau et le ciel viennent à s’éloigner avant de se rapprocher.

Vous accordez une place essentielle au cercle.

Avant l’intérêt pour les mouvements collectifs, nous sommes partis de dessins circulaires récurrents et de mandalas (le mandala représente un dessin circulaire, convergeant vers un centre porteur de l'infini, ndr). Ceux-ci ouvrent sur des possibilités infinies. La circularité qui marque si fort le mouvement et la gestuelle de Flow a débuté avec une précédente création, Cosmos. Flow puise aussi dans des expressions dansées populaires et traditionnelles, organiques et naturelles.

Soit des danses qui viennent souvent du labeur quotidien dans leur représentation ici festive. Ceci afin de les refigurer dans d’autres dimensions chorégraphiques, plastiques et communautaires. C’est pour cela que la Compagnie travaille avec des interprètes aux origines culturelles très variées.





Qu’avez-vous imaginé pour la création de High Season?

C’est un essai de travailler sur les sons ajoutés à la partition de Vivaldi par Max Richter. Le travail s’est développé autour de la sérialité en créant des systèmes de mouvements organiques. Au sein d’un quatuor féminin, ils se basent sur la transmission épidermique du mouvement et non sur une partition écrite ou apprise par cœur.

Entre elles, il est question de communication épidermique et de sororité. Le rythme de la soirée a imposé un rythme très court pour les pièces proposées. Il s’agit donc aussi d’un fragment d’une pièce plus ample à venir. Avec des compositions reprenant les saisons automne, hiver et printemps de la partition signée Max Richter. High Season se définit comme une pièce laboratoire car il s’agit bien d’un premier jet sur l’œuvre du compositeur allemand.

Pour The Soul Train, il s’agit de danses en ligne, du fond de la salle vers le public entre deux haies d’interprètes.

C’est une danse participative parlant de diversité et de liberté expressive. Ainsi de nombreux styles de danses urbaines venant de la rue vont monter sur scène grâce à The Soul Train. Ce programme télévisé présentait pour un large public des formes chorégraphiques soul, hip hop et R&B innovantes pour les années 70 et 80, correspond à ce que nous faisons en termes d’auditions à la Compagnie Linga.

Nous donnons ainsi, au terme de ces auditions, une minute à chaque danseur.seuse pour s’exprimer chorégraphiquement sur un mode improvisé. Il y a donc l’idée de ce défilé festif ouvert à tous les styles de danse. D’où 30 jeunes danseurs.seuses qui peuvent défendre leur idée de la danse pour les 30 ans de la Compagnie.

Propos recueillis par Bertrand Tappolet


Linga et ses invités - Line Up
Le 24 septembre à L'Octogone, Pully, la Cie Linga fête ses 30 ans. Avec des créations et des invités

Programme complet, infos, réservations:
https://theatre-octogone.ch/evenement/line-up/