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Le Reflet va illuminer tous les publics

Publié le 09.06.2020

 

Dès le 24 septembre, plus de quarante spectacles sont au programme de la saison 2020/2021 du Théâtre Le Reflet à Vevey. L’affiche se décline en une foisonnante diversité des arts de la scène (théâtre, danse, chanson, musique, marionnettes, humour, opéra, nouveau cirque). Les thématiques qui seront abordées au fil des mois sont la lutte contre le temps, l’oubli, le vieillissement, l'immigration, l'intégration, l'amour, la mort, la justice, mais aussi la charge mentale des mères, le handicap, le monde de l'enfance.

Dans cet entretien, la directrice Brigitte Romanens-Deville accepte d’évoquer ce qui fait la singularité de leur programmation. «Chez nous, c'est le théâtre d'abord! La moitié des spectacles sont des pièces de théâtre, que ce soit du contemporain, du divertissement, du classique ou du revisité». Elle évoque l'importance de donner la voix aux artistes de Suisse romande et de travailler en collaboration avec les concours et festivals de la région: le Cully Jazz Festival, la Fête de la Danse, le Concours international de piano Clara Haskil et le festival Lavaux Classic.

 

 

Avec Toï Toï Théâtre (les 31 octobre et 30 janvier), vous présentez pour la première fois un spectacle improvisé destiné aux enfants sans leur parents. Est-ce que vous voulez attirer davantage le jeune public?

Le concept Toï Toï Théâtre (les 31 octobre et 30 janvier) est une première, une expérience théâtrale toute nouvelle, à l'image de la Lanterne Magique. Si ça se révèle satisfaisant et de qualité, nous allons le proposer à d'autres théâtres. Pour les spectacles jeune public, nous montons des gradins directement sur la scène pour offrir aux enfants une expérience du théâtre intimiste. Nous ne voulons pas que les tous petits se retrouvent dans une salle de plus de 700 places pour une première expérience avec le spectacle.
Attirer les enfants, c'est l’un des axes que nous développons depuis plusieurs années et que nous souhaitons poursuivre si nous avons les moyens. Il faut savoir que le coût d'un spectacle pour enfants est le même que pour celui destiné aux adultes, sauf que nous faisons des tarifs avantageux pour les premiers, soit un tarif unique de 15 francs. C'est pourquoi, nous avons besoin de trouver des soutiens supplémentaires comme avec l’association des Amis du Reflet qui participera au financement du Toï Toï Théâtre.

 

 

Vous accueillez Frédéric Recrosio, tous les jeudis au Caveau Saint-Martin pour un spectacle intimiste, comment avez-vous décidez d'initier cette aventure?

C'est lui qui m'a proposé ce truc un peu fou. Ce spectacle, il l'avait décidé avant la crise du Covid-19. Il défend l'idée que l'on court à la catastrophe si on continue à dépenser autant. Il est dans une période de vie où il a le désir d'aller à l'essentiel et de travailler proche des gens qu'il aime, de sa famille. Il ne veut pas avoir besoin de prendre l'avion, la voiture, le train pour se rendre sur la scène. Il a donc imaginé un petit format de spectacle, en bas de chez lui, au Caveau Saint-Martin, qui ne nécessitera ni technicien, ni sono, ni micro, juste un projecteur. Il y aura 25 représentations pour 50 personnes.

 

Le théâtre du Reflet a produit ou coproduit plusieurs spectacle, duquel avez-vous envie de parler?

Hiver à Sokcho (n.d.l.r.: les 13 et 14 janvier 2021). C'est l'histoire de la rencontre impossible entre une jeune femme franco-coréenne qui travaille comme cuisinière dans une pension à Sokcho, en Corée du Sud, à la frontière de la Corée du Nord, et un auteur normand de BD qui séjourne dans cette pension. Quelque chose pourrait se passer entre eux mais les différences multiculturelles font frontière.
Pour symboliser ces frontières, le metteur en scène a choisi de faire intervenir sur scène le dessinateur jurassien Pitch Comment. Il dessinera en direct sur une tablette graphique les paysages, les décors, et parfois quelques scènes, qui seront projetés sur un écran géant en fond de scène. Hiver à Sokcho est un projet qui est né de la rencontre entre Frank Semelet, comédien jurassien, qui, pour sa première mise en scène, a choisi d’adapter Hiver à Sokcho, le premier roman d'Elisa Shua Dusapin, franco-suisse né également dans le Jura. Le Reflet est coproducteur de ce spectacle et offre à la compagnie une résidence - les artistes pourront répéter pendant trois semaines au théâtre - et un soutien financier grâce à la subvention du Canton.

 

 

Autre ligne de votre programmation, la lutte contre l'oubli des mots sont évoqués ou explorés par deux spectacles: Plaidoiries (le 16 janvier 2021) de Richard Berry et By heart (les 1er et 2 octobre), de Tiago Rodrigues.

Les mots me tiennent à cœur. Une des missions du Reflet est de proposer un grand nombre de pièces de théâtre dans lesquelles le texte est une des composantes principales. By heart, mis en scène par le metteur en scène portugais Tiago Rodrigues, est emblématique de cette préoccupation. Le comédien fait monter sur scène des spectateurs et des spectatrices et leur propose d’apprendre par cœur un sonnet de Shakespeare. C’est à la fois un spectacle qui rend hommage à la force des textes, et qui revendique la liberté de pensée au-delà de la disparition des livres.
Quant à Richard Berry, il nous fait découvrir le maniement de la langue. C'est un joli hommage à ces avocats pourvus de talents d'orateur et d'écrivain. Les sujets abordés à travers ces plaidoiries (les crimes contre l’humanité, la non-assistance à personne en danger, l’infanticide) nous font traverser l'histoire de la société française et des droits humains (la peine de mort, le droit à l’avortement).

 

Quel est le spectacle les plus inattendu de la saison?

Dévaste-moi (n.d.l.r., le 17 novembre), avec la comédienne Emmanuelle Laborit. Elle est la première comédienne sourde et muette à avoir reçu le Molière de la révélation théâtrale pour son interprétation dans Les Enfants du silence en 1993. Cette comédienne rêvait d'être chanteuse et dans ce spectacle elle «chansigne». Accompagnée par des musiciens, elle chante en langue des signes. Le tout est chorégraphié par Johanny Bert et surtitré. C’est d’une grande force et d’une grande élégance.
Découvrir un comédien porteur de handicap sur scène, peut choquer dans un premier temps et puis, progressivement, le handicap devient une singularité et c’est l’artiste que l’on découvre. En 2019, Le Reflet est le premier théâtre suisse romand à recevoir Le label culture inclusive, résultat d’une convention signée avec Pro Infirmis. Ainsi nous nous sommes engagés à développer les moyens de rendre accessible le théâtre aux personnes avec un handicap (places pour personne en chaise, audiodescription, traduction en Langue des Signes Française etc.) et d’accueillir chaque saison un spectacle créé par des artistes porteurs de handicap.

 

 

Pour votre programmation 2020-2021, vous proposez plusieurs retranspositions de grands auteurs. Molière, Victor Hugo, Marivaux, Agatha Christie. Est-ce que Molière attire encore le public?

Il y aura toujours un public pour les pièces classiques avec costumes et décors d’époque, comme le magnifique Une des dernières soirées de carnaval (n.d.l.r.: le 24 novembre), de Clément Hervieu-Léger. Mais il vrai, que les choix du ou de la metteure en scène et de la distribution sont souvent décisifs pour donner envie de redécouvrir les pièces des grands auteurs. Je privilégie les adaptations contemporaines comme celle, irrévérencieuse, du collectif tgSTAN avec leur spectacles Poquelin II (n.d.l.r.: les 6 et 7 novembre.)

 

Pouvez-vous nous parler du programme de la 8e saison Midi théâtre, qui débutera le 8 décembre, comment avez-vous concocté les menus?

Il s'agit d'un partenariat entre huit théâtres de Suisse romande. Chacun des théâtres fait appel à une compagnie de sa région pour lui commander une petite forme de théâtre d'une heure. Après plusieurs répétitions, la compagnie se produira le midi dans son théâtre puis ira se produire dans les autres théâtres partenaires. Le public pourra y déguster un repas pendant la représentation. C'est l'occasion de donner de la visibilité aux jeunes compagnies émergentes de la région.


Propos recueillis par Anne-Charlotte Mancebo

Théâtre Le Reflet

Programme

Photo de Brigitte Romanens-Deville: © Céline Michel

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