Publié le 29/04/2020 à 09:30

L’OCL frappe un grand coup

«Avec l’Anniversaire Beethoven, nous allons inviter les spectateurs à entreprendre un voyage. De la 1ère Symphonie, qui est déjà si intéressante et radicale, jusqu’à la dernière, qui a vraiment changé la musique»

 

L’Orchestre de Chambre de Lausanne (OCL) a présenté, le 28 avril, sa saison 2020-2021. Celle-ci se signale d’emblée avec une généreuse célébration du 250e anniversaire de Beethoven. Généreuse car l’OCL interprétera une intégrale des neuf symphonies en neuf jours (quatre concerts, du 4 au 12 septembre). Généreux encore car ces concerts seront gratuits. Joshua Weilerstein entamera alors sa dernière saison à la tête de l’OCL. Celle-ci se signale par la grande variété des styles qui seront privilégiés, et par son caractère international. Parmi les artistes invités, Fazil Say, Sir András Schiff, Truls Mørk seront présents à la Salle Métropole. Et Chick Corea sera invité à improviser sur Rhapsody in Blue de George Gershwin, tout comme le compositeur l’avait fait lors de la création de l’oeuvre.

L’OCL partira en tournée en Suisse et à l’étranger, l'OCL ira à l'opéra, il s’intéressera aux grands et aux petits, et même pour la première fois aux tout petits avec un premier Bébé concert! Joint au téléphone Joshua Weilerstein s’exprime avec enthousiasme sur l’Anniversaire Beethoven et sur son travail de directeur musical. Les bilans attendront!

 

 

L’Orchestre de Chambre de Lausanne (OCL) propose en ouverture de saison une intégrale des symphonies de Beethoven en quatre concerts. Qu’est-ce qui a déterminé cette aventure?

(Joshua Weilerstein:) Les symphonies de Beethoven sont au coeur du répertoire de l’orchestre de chambre. Les jouer en saison aurait presque été normal. Pour en faire une expérience spéciale pour le public en cette année de 250e anniversaire, nous nous sommes lancés ce défi de jouer ses neuf symphonies en neuf jours!C’est une immense entreprise autant pour l’Orchestre que pour moi. Mais nous sommes très excités par cette perspective, par la chance que nous avons de pouvoir réaliser cela. J’espère que cela pourra se faire!

 

 

Qu’est-ce que le public, qui a peut-être déjà entendu ces œuvres en concert séparément, peut s’attendre à découvrir au cours de cette intégrale?

C’est une chance de pouvoir découvrir le développement du travail d’un compositeur de ses débuts à ses dernières œuvres. Cela devrait être très spécial d’aller ainsi du début à la fin de l’oeuvre symphonique de Beethoven sur un temps aussi rapproché. C’est ce qui nous a décidé à interpréter ces symphonies dans l’ordre chronologique, afin justement de percevoir cette évolution.
A travers ce programme, nous allons vraiment inviter les spectateurs à entreprendre un voyage. De la 1ère Symphonie, qui est déjà si intéressante et radicale, jusqu’à la dernière, qui a vraiment changé la musique.

 

Cette intégrale va-t-elle permettre par exemple de redécouvrir la 9ième sous un jour nouveau?

Absolument. Beethoven utilise par exemple deux thèmes de la 2ème Symphonie, il revient sur son passé, cette oeuvre s’apparente en un sens à une somme des autres. Et surtout, on devrait percevoir au fil de cette série de concerts les changements qui interviennent dans la personnalité de Beethoven. Ces deux premières symphonies sont légères, plaisantes, celles du milieu sont si dramatiques en comparaison... Je pense vraiment que l’on peut apprendre quelque chose en les redécouvrant ainsi, à la suite.

 

 

Pouvez-vous donner des pistes sur les moments pivots de cet œuvre symphonique?

Il se passe certainement quelque chose entre la deuxième et la troisième. La troisième est le point de basculement, c’est absolument fascinant de réaliser à quel point il change - sa vie a aussi changé à ce moment-là. Un autre point de rupture important se situe entre la 8ième et la 9ième. Dans cette dernière, il pourrait tout aussi bien être un autre compositeur, en termes d’ambitions, de ce qu’il voulait faire. Il est aussi intéressant de comparer la 5ième et la 6ième qu’il a écrit au même moment.
C’est vraiment une personne fascinante, et il devrait être possible de suivre son évolution personnelle autant que celle de sa musique.

 

Et vous, que vous attendez-vous à découvrir à l’occasion de ces quatre concerts?

Ce n’est pas encore fait, donc je ne peux que me préparer (Rire). Mais je pense redécouvrir son évolution stylistique. Des débuts, très classique, jusqu’à la période romantique où les les éléments sont si ouvertement émotionnels.

 

L’interprétation de ces œuvres est réputée comme éprouvante. Comment abordez-vous cet aspect du projet?

Beethoven est probablement le compositeur le plus «physique» pour le directeur musical, et je pense que c’est aussi le cas pour les interprètes. Les deux premiers concerts seront tout particulièrement extrêmes, il faudra s’y préparer. Nous avons déjà prévu d’avoir un jour de repos après chaque concert.

 

 

N’oublions pas qu’une saison entière suivra! Comment préparez-vous le programme d’un Grand Concert, par exemple le premier, que vous dirigerez, et dans lequel seront interprétés Haydn, Chostokovitch et Mozart?

Il y a toujours plusieurs paramètres, parmi lesquels le soliste invité, sa personnalité. Généralement, celui-ci propose un certain nombre de concerti qu’il a préparé pour la saison. Cela peut être un point de départ.
La particularité du premier Grand Concert est sans doute l’association entre Haydn et Chostakovitch, qui peut apparaître un peu étrange de prime à abord. Chostakovitch est souvent considéré comme le compositeur de la tristesse et de la colère. Mais il est beaucoup plus complexe que cela. Le concerto que nous interpréterons est teinté d’humour, même si il est plutôt ironique. La connexion avec Haydn devient alors plus évidente. L’association entre Haydn est Mozart est, elle, beaucoup plus habituelle.

 

Quand l’OCL invite un chef d’orchestre tel que Sir Andras Schiff, qui prépare le programme?

Il vient avec ses propositions. Le seul motif que nous pourrions avoir de les remettre en cause serait que l’Orchestre l’a interprété trop récemment. Par exemple, pour cette saison 2020-2021, nous n’aurions pas pu reprogrammer une symphonie de Beethoven.

 

Quelles ont été vos priorités à l’échelle de la saison?

La variété des styles était un point important qui me tenait à coeur. Comme il s’agit de ma dernière année à la tête de l’Orchestre, je voulais aussi proposer ce que je n’avais pas eu l’occasion de faire les autres saisons. Nous avions par exemple peu joué Schubert. Et je voulais aussi présenter au public des compositeurs américains. Le problème est qu’ils exigent souvent de très grands ensembles. Mais avec la collaboration de la HEMU, nous pourrons jouer des pièces de West Side Story, de Leonard Bernstein et cette incroyable suite de Vertigo de Bernard Hermann (n.d.l.r.: musique du film du même titre, Sueurs froides en version française, d’Alfred Hitchcock).

 

Le moment n’est pas encore aux bilans, mais comment présenteriez-vous le public de l’OCL?

Le public de Lausanne connaît l’Orchestre et son histoire. C’est une communauté qui est passionnée par cette institution. Je ne programme jamais une pièce si je pense que le public ne l’aimera pas. Mais le public est toujours venu avec l’esprit ouvert, j’ai notamment eu de très bon retours sur les pièces ne correspondant pas aux «canons» habituels, pour lesquels nous n’étions pas sûr de l’adhésion du public – je pense notamment à Verklarte Nacht, de Schoenberg. C’est un public très loyal et très ouvert.

 

Propos recueillis par Vincent Borcard

 

Orchestre de Chambre de Lausanne (OCL)


Informations, renseignements:
www.ocl.ch

 

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