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Terre, eau et air, une danse poétique

Publié le 31.12.2022

Mariant le vol acrobatique, la danse hip-hop, contemporaine et archaïque aux éléments primordiaux (terre, eau, air), PARTS du duo artistique formée de Honji Wang et Sébastien Ramirez intrigue et enchante au Théâtre de l’Octogone de Pully, le 21 janvier.

Quatre tableaux aux résonances mutuelles se déploient au plateau. Ils se partagent entre l’aérien et le terrestre qui doute, lutte et chute. Beautiful me découvre la danseuse Mathilde Lin aux lignes tour à tour fluides et brisées. Elle se confronte à la terre dans un pas de deux tellurique, survivaliste et énergétique. Pour devenir ensuite lymphe et papillon augmenté d’une étoffe donnant à ses ailes beauté mouvementiste et poésie.

Renouant à la fois avec un temps mythologique et de corps transformé par la prothèse technologique, Digilegs voit Sébastien Ramirez dialoguer avec le performeur Simon Niyringabo monté sur échasses mécaniques façon Avatar. De l’affrontement à la fraternisation. Water dévoile sur une surface partagée entre eau et brume Mathilde Lin et Sébastien Ramirez pris dans des situations de couples stylisées et surréalisées de la plus belle eau miroir.

Enfin, la partie Flag, qui ne peut être représentée à l’Octogne pour des raisons de contraintes techniques, est une association libre et plastique entre une danse des airs signée Sébastien Ramirez et un immense tissu tamisant et refigurant corps et espace. Rencontre avec Sébastien Ramirez, interprète et coauteur du spectacle avec Honji Wang.



Votre désir à travers cette création?

Sébastien Ramirez: Le désir de créer qui m’imprègne est toujours d’aller plus loin dans les échanges entre la matière (terre, air, eau) et la danse. J’aime beaucoup la poésie ainsi que les propositions ouvertes, où l’on ne sait pas apriori forcément la forme et la destination finales. Il s’agit aussi d’une forme d’introspection où Honji Wang et moi-même nous donnons toute liberté de traverser et expérimenter des matières.

Ainsi travailler le corps et le mouvement en utilisant un tissu fort léger ici. Là du lycra plus lourd, de la terre, du vent et la pluie. Le tout dans le but de faire vivre et traverser au public une large palette d’émotions à travers toute la poésie de la matière et des images offertes.



Le tableau initial est tellurique et fragile.

Travaillant depuis plus d’une dizaine d’années aux côtés de ma partenaire Honji Wang, ce tableau a été écrit à la base par et pour elle. Elle travaille fort bien le jeu contrasté et les interprétations successives demandées au fil de trois tableaux.

Pour ma part, j’ai œuvré plus spécifiquement sur les parties Flag et Digilegs alors que le dernier tableau abordant la vie quotidienne à deux au sein d’un couple, je l’ai conçu avec Honji Wang. Si nous avons essentiellement réalisé nos créations communes l’un dans l’autre, nous avons aussi eu l’envie de nous laisser mutuellement espace et liberté pour le tableau Water. Evidemment le travail se concrétise aussi ensemble par nos regards extérieurs réciproques portés sur l’œuvre de l’autre.

Vous dessinez ici un rapport singulier à l’univers de la danseuse.

Si cette partie chorégraphiée par Honji Wang s’intitule Beautiful me, elle met aussi en mouvement le côté sombre de sa protagoniste. Cette séquence évoque sensiblement ce que représente aujourd’hui la beauté, sa relative tyrannie et le fait de s’accepter avec ses contraintes. Qu’est-ce qu’au fond la beauté et la laideur? Comment les vit-on? Ce qui m’a intéressé? Cette qualité d’abstraction avec ce tissu sortant du dos de la danseuse à la manière d’une araignée.

Au détour de chaque tableau, il existe une dimension liée à la transformation d’une créature, sa métamorphose. C’est une question portant aussi sur l’âme et la manière dont elle peut interférer avec notre vie. Cette première pièce est proprement médusante, tant le tissu peut prendre des formes tour à tour belles et oppressantes. 





Il est donc question de matière et texture.

A la base, nous avons souhaité travailler ce tissu translucide. Passionné par le gréage, le travail de fil et de lévitations, il m’a été cher de moduler une telle matière suspendue dans les airs. Dès lors, comment manipuler cette immense voile par ses quatre coins. L’idée initiale fut donc de donner vie et formes à un élément mis en lien et échange avec la danseuse.

Quant à la métamorphose, elle est le fruit d’une recherche et d’un travail originellement techniques. Loin de partir d’une idée précise ou d’un sentiment à développer, nous nous basons sur nos recherches et expérimentations. Elles se déploient entre la technique, la danse et la personne. Par ailleurs les éléments primordiaux, tels la terre, l’eau et l’air sont très présents au gré de nos créations.

Digilegs vous confronte à une sorte de faune contemporain, le performeur Simon Niyringabo qui a le corps augmenté par des échasses digitales métalliques. Il vous dirige avec une longue gaffe.

Cet élément est fort intéressant pour imaginer mes mouvements. Cela me permet de pouvoir isoler des situations et moments techniques passionnants à développer. Avec son coté toréro dans son maniement par Simon Niyringabo, j’aime beaucoup la simplicité même du bâton. Et l’échange gestuel, postural et en mouvements qu’il m’encourage à créer.

Encore une fois, nous partons d’un visuel se révélant inspirant à développer notre vocabulaire, la danse hip-hop. D’où le désir d’amener cet alphabet dansé sur d’autres fronts enrichis par des éléments tels que ce mano a mano avec un long bâton. Ce qu’il implique tant chorégraphiquement que sur un plan dramaturgique.

Poésie et étrangeté mythologique sont au rendez-vous de ce personnage de faune monté sur prothèses et rappelant certaines figures croisées dans la saga Avatar de James Cameron.

Il est juste de mentionner Avatar car son visuel a été une source d’inspiration. Ainsi pour Digilegs (le nom de ses prothèses métalliques) avec ses jambes artificielles comme cassées vers l’intérieur, nous nous sommes demandé comment l’équipe d’Avatar a pu créer certaines scènes avec des humains augmentés par la robotique mécanique.

Nous avons ainsi tenté de retrouver l’esprit des jambes métalliques utilisées dans le film qui lui en donne un design singulier. Ceci pour travailler le moment et l’atmosphère sonore parfois lourde et grinçante. Cette figure est aussi une forme d’alter ego, d’esprit contradicteur avec lequel je me bats.





Pour Flag qui ne sera pas présenté à l’Octogone, mais fait partie du spectacle à sa création.

l s’agit du pur désir de voler et de se métamorphoser au contact de cette immense voile de tissu. Cette partie joue sur la magie et non sur l’illusion car les fils et la mécanique portant mon corps évoluant et dansant dans les airs sont laissés à vue. Nous développons continument ici tout un travail de gréage pointilleux et minutieux. Ce dispositif est montré sans être entièrement dévoilé. Il existe ainsi tout un travail chorégraphique dans la manipulation d’un corps dans les airs qui demeure hors champ.

Water arpente les états incertains du quotidien d’un couple.

Cet ultime volet permet d’explorer nombre de situations vécues à deux, troublantes et parfois déstabilisantes voire dramatiques. Il fut créé sur la base d’une expérience de vie de dix-sept ans qui nous relie Honji Wang et moi.

Le public peut naturellement exprimer ses références et son imaginaire à travers ce moment tant l’univers est à la fois familier et étrange. Ceci grâce à la présence d’une pellicule d’eau enveloppée de brume et aux évolutions suspendues du danseur. C’est un temps aussi humoristique et très sensuel. Il reflète la complexité dans laquelle grandit un couple à travers les années.

Et autour de la présence de l’eau dans ce tableau?

Se manifestant notamment sous forme de pluie, l’eau amène l’idée d’entrer dans des mondes parallèles. Ce qui participe alors d’un sentiment d’illusion est le fait que l’on ne sait trop où l’on se trouve.

L’ensemble ouvre sur un travail passionnant autour du son et de la lumière. Le reflet des protagonistes dans l’eau accentue l’atmosphère onirique de la pièce. Il y a aussi cette volonté de traduire en images et gestes ce que ressentent et pensent les êtres au plus profond d’eux-mêmes.

Propos recueillis par Bertrand Tappolet


PARTS
Le 21 janvier à l'Octogone, Pully

Honji  Wang et Sébastien Ramirez, chorégraphie et direction artistique
Avec Mathilde Lin et Sébastien Ramirez, danse, et Simon Naringabo, performer

Informations, réservations:
https://theatre-octogone.ch/evenement/parts/ Informations, réservations: https://theatre-octogone.ch/evenement/parts/