Publié le 06/04/2020 à 08:44

Opéra de Lausanne: 150 ans, cela se fête!

«En plus de l’opéra, de l’opérette, des spectacles lyriques pour enfants, des soirées de gala, la saison propose du théâtre dramatique et de la danse. Il est intéressant de pouvoir proposer un tel choix sur une seule saison»

 

L’Opéra de Lausanne fête, cette saison, son 150e anniversaire. C’est le 10 mai 1871 que le Casino-Théâtre de Lausanne avait été inauguré avec une représentation du Barbier de Séville. Depuis, l’institution a été connue sous le noms de Théâtre de Lausanne, Théâtre Municipal, et Opéra de Lausanne (depuis 1984). Cette saison anniversaire témoignera généreusement de la diversité des spectacles qui y ont été proposés depuis un siècle et demi. L’opéra, l’opérette, le spectacle pour enfants, mais aussi la danse et le théâtre sont à l’affiche, notamment grâce à quelques productions du Théâtre de Vidy et du Béjart Ballet Lausanne.

Eric Vigié, directeur de l’institution, souligne la variété des productions qui se succéderont au fil de la saison. D’une mise en scène avant-gardiste de Norma, de Bellini, en juin 2021, à la désormais traditionnelle opérette de fin d’année, L’auberge du Cheval Blanc, en décembre 2020, en passant par des spectacles pour enfants, sans oublier des Soirées de Gala d’anniversaire, les 26 et 28 mars 2021. Une saison de fête, qui sera lancée par une création d’Eugène Onéguine de Tchaïkovski, qu’Eric Vigié mettra lui-même en scène, dès le 4 octobre.

 


Le théâtre fête son 150e anniversaire. Quel regard portez-vous sur cette histoire?

Eric Vigié: On ne fête pas tous les ans le 150e anniversaire d’un théâtre. Celui-ci, inauguré en 1871, a accueilli trois opéras dès sa première saison. Des airs seront repris lors des soirées du gala d’anniversaire (les 26 et 28 mars 2021). A l’origine, il devait être un casino-théâtre, mais il n’a jamais obtenu l’autorisation d’exploiter des jeux. C’était une salle boisée, très jolie, dont l’atmosphère rappelle un peu celle du Staadttheater de Berne. Pour des raisons de sécurité, il avait été transformé ensuite avec des matériaux moins inflammables dans un style plus Arts déco.

 

 

Vous allez ouvrir cette saison, dès le 4 octobre, avec une production originale d’Eugène Onéguine, de Tchaïkovski, d’après Pouchkine.

Ce sera un opéra russe qui sera chanté par des Russes. Maria Bayankina, qui interprétera Tatyana, est une des sopranos les plus prometteuses de sa génération. Elle a déjà enregistré avec Valery Gergiev, tout comme Irina Shishkova, soliste de l’Académie du Théâtre Mariinsky, qui sera Olga. Le chef d’orchestre, Gavriel Heine, est américain, mais chef au Théâtre Mikhailovsky de Saint-Pétersbourg. C’est surtout un merveilleux musicien avec qui j’ai déjà collaboré, et qui est déjà venu à l’Opéra de Lausanne.

 

C’est un opéra que vous mettrez en scène. Pourquoi celui-ci?

Cela a été ma première production en tant qu’assistant à la mise en scène, en 1982, à l’Opéra de Paris. C’est un opéra que j’adore. Et avec cette distribution, ce sera un vrai plaisir – je me sens comme un entraîneur de foot qui peut monter l’équipe dont il rêve. Tout est réuni pour présenter le spectacle le plus intéressant possible au public.

 

Comment abordez-vous cette histoire? Tchaïkovski avait déjà passablement remanié le roman en vers de Pouchkine.

Je veux opérer un fort repositionnement historique. Je prends une direction assez Docteur Jivago, mais je veux restituer la très lente descente aux enfers qu’a connu le pays tout au long du XIXe siècle, ouvrir à la psychologie de la Russie, à la fois ingouvernable et fataliste.
Le premier acte sera très blanc, très romantique. Le deuxième sera marqué par le duel à mort des deux personnages masculins, la décrépitude totale d’Onéguine. Le troisième montrera son retour, vingt ans plus tard, dans un monde qui a totalement changé.

 

 

A l’échelle de la saison 2020-2021: elles le sont toutes, mais avez-vous été enclin à privilégier une édition plus festive?

Elle sera certainement très ouverte. Les travaux en cours ou prévus à Vidy et à Beaulieu favorisent l’accueil de spectacles du Théâtre de Vidy et du Béjart Ballet Lausanne. En comptant notre partenaire naturel, L’Orchestre de Chambre de Lausanne, les quatre grandes institutions culturelles de la ville sont donc au programme de la saison. En plus de l’opéra, de l’opérette, des spectacles lyriques pour enfants, des soirées de gala, la saison propose donc aussi du théâtre dramatique et de la danse. Il est assez intéressant de pouvoir proposer un tel choix sur une seule saison.

 

Quels sont les priorités de l’Opéra de Lausanne?

Nous accordons toujours la priorité à la musique et aux voix. Nous privilégions les voix de grande qualité, aussi aux chanteuses et aux chanteurs qui ont débuté leur carrière à Lausanne. Ensuite, il faut offrir un large éventail de propositions. De la mise en scène plus complexe, plus avant-gardiste attendue de Stefano Poda, pour Norma de Bellini (du 6 au 16 juin 2021), aux spectacles pour les jeunes, avec Le Petit Chaperon rouge (du 4 au 8 novembre), dès 7 ans, et L’Amour vainqueur, d’Olivier Py (du 5 au 7 février), dès 10 ans. Le premier est une création de l’Opéra de Lausanne et nous avons coproduit le spectacle d’Olivier Py, qui connaît un beau succès depuis sa présentation à Avignon.

 

 

Vous proposez plusieurs opérettes, tirées de répertoires moins connus.

Pour notre spectacle de fin d’année (du 22 au 31 décembre), nous avons choisi L’auberge du Cheval blanc qui n’a pas été monté depuis des décennies à Lausanne. C’est en effet une opérette qui n’est ni française, ni viennoise. C’est «la» grande opérette allemande des années 30. Ce sera une très belle production, qui rappelle, par son atmosphère, l’âge d’or d’Hollywood.

 

Mais vous proposez aussi Le Domino Noir, qui est un opéra comique, Dédé, une opérette en tournée en été 2021. Et Robert Carsen, qui mettra en scène Rinaldo de Haendel (du 2 au 9 mai 2021), est réputé pour ses mises en scène très dynamiques.

Ce sont des spectacles très différents. Le Domino Noir est en effet un opéra comique, et cette production a été primée en France. Dédé est un cas à part, c’est un spectacle de La Route Lyrique, une initiative du Canton, pour lequel, en collaboration avec La Haute Ecole de Musique de Lausanne (HEMU), nous produisons un spectacle pour orchestre réduit, qui est amené à tourner dans les cantons de Vaud et Genève.
Ce Rinaldo, de Haendel, est un spectacle que je voulais amener à Lausanne depuis des années. Les productions du Glyndebourne Festival sortent très peu du Royaume-Uni. De celle-ci, j'ai renouvelé tous les chanteurs - surtout Philippe Jaroussky. Je vous confirme que la mise en scène de Robert Carsen n’est pas du tout classique. Si elle est baroque, c’est dans l’imaginaire qu’elle développe. Comme toujours avec Robert Carsen, il y a un mélange entre classique et moderne. Et cela convient tout particulièrement à cette histoire de choc des civilisations – il en a tiré une clé de lecture extraordinaire.

 

L’actualité fait qu’il faut évoquer la deuxième partie de la saison 2019-2020. Une nouvelle production, Candide, et une création mondiale, Davel, ont été annulées. Le public aura-t-il l’occasion de voir ces deux spectacles?

Ils seront reprogrammées. Sans doute Candide en novembre 2022, et Davel en janvier 2023. L’annulation de Candide, dix jours avant la première, a été particulièrement difficile. Depuis fin février, il y avait des gants et du désinfectant partout… Je précise qu’aucun foyer de contamination n’a été signalé en nos murs.

 

Propos recueillis par Vincent Borcard, le 1er avril 2020

 

Informations, réservations:
opera-lausanne.ch

 

Tous nos articles